le soleil – 12 novembre 1898
Honfleur sur péribonca
Nous publions sur notre feuille supplémentaire de ce jour, une grande planche topographique de la nouvelle paroisse de honfleur dont nous avons déjà parlé, ainsi qu’une couple de photo gravures empruntées au même endroit. Il serait peut-être plus correct de dire la future paroisse, car elle n’est pas encore habitée ; mais comme il y a déjà près de la moitié des lots de réservés et que tout le reste le sera certainement d’ici au printemps, on peut considérer la paroisse comme déjà établie.

Le nom de Honfleur sonne bien et a une forte saveur historique. Dans quelles circonstances l’a-t-on donné au nouvel établissement ? L’incident ne manque pas d’intérêt. Le 12 août dernier, un groupe de visiteurs, composé de colons, d’agents de colonisation et de touristes, remontait la rivière Péribonca en bateau à vapeur jusqu’au terme de la navigation, au pied de la première des grande chutes que forme cet important cours d’eau.
On n’avait cessé d’admirer la beauté du paysage et la supérieure qualité du sol. Un prêtre était au nombre des voyageurs. On décide séance tenante de planter une grande croix sur la rive, dans un endroit visiblement désigné par la nature pour être le centre d’une agglomération agricole. Comment s’appellera la future paroisse ? Quelqu’un propose le nom de la ville natale de Champlain, dont la statue allait être prochainement dévoilée à Québec. L’idée est acclamée.
C’est cette scène que représente l’une de nos gravures.

Parmi les personnes qui y assistent , on a retenu les noms du rév. M. Dacier, prêtre, d’Ontario ; de M. T. Ledroit, l’un des vieux marchands de gros de Quebec, Mlle Ledroit, Mlle Delisle M. Louis Dionne, maire d’Acadia. Maine, accompagné de M. Parent et de deux autres de ses co-paroissiens qui sont venus avec lui pour choisir des terres ; M. Paiement, d’Ottawa , M. Pagé, du Spectateur, de Hull ; M. Edouard Niquette, surveillant des travaux de colonisation au Lac St. Jean ; M. Valère Darveau, de Lévis, étudiant en droit ; M George Audette, agent des Terres publiques à Roberval ; M. L. E. DeCarufel, secrétaire de la société de Colonisation de Montréal ; M. René Dupont, secrétaire de la société de Rapatriement et de Colonisation du Lac St. Jean, etc.
Quelques jours après, pendant que l’hon. A. Turgeon, le dévoué commissaire de la Colonisation et des Mines, était à plus de mille lieues du pays, l’hôte très fêté de la ville de Honfleur, un câblegramme lui arrivait de Québec, lui annoncant qu’une nouvelle paroisse fondée au Lac St. Jean porterait désormais le nom de la ville natale de Champlain. Et là bas aussi l’idée était acclamée avec enthousiasme. Y a-t-il des noms qui portent bonheur ? Toujours est-il que le nouveau Honfleur a eu jusqu’ici un rare succès. La Société de Rapatriement et de Colonisation du Lac St. Jean ayant manifesté le désir d’y amener des colons, l’hon. M. Parent, commissaires des Terres, Forêts et Pêcheries, a fait passer un ordre en conseil réservant ce territoire à la Société. Ce privilège est valable pour une année seulement, mais il est maintenant certain que la Société aura disposé de tous les lots avant l’expiration du terme. En effet, un bon nombre de cultivateurs de la paroisse d’Acadia, dans le nord de l’étât du Maine, ont déjà retenu des lots a Honfleur. Le curé et le maire d’Acadia sont à la tête du mouvement, et il est maintenant certain qu’on assistera au printemps au spectacle assey extraordinaire de l’immigration en masse de toute une paroisse. Les arrangements à cette fin sont en voie de conclusion. Plusieurs citoyens influents ont pris des lots. Comme on le verra aux indications portées à la carte de Honfleur, il y a déjà près de cinquante lot de concédés sur un total de 115. Le nouveau Honfleur est décidément populaire.
Ce n’est pas un simple succès de sentiment, car la vallée de la Péribonca est reconnue pour la plus fertile peut-être de la region. Des 1888, Le rév. M. Lizotte, curé de Roberval, un homme dévoué pour la colonisation, et qui dès cette époque avait exploré les rives de la Péribonca, nous en parlait avec enthousiasme et prédisait ce qui arrive aujourd’hui, que les terres, une fois les communications ouvertes, s’y prendraient par enchantement. Comme on l’a vu plus haut, cette grande riviere est navigable à la vapeur jusqu’à neuf milles de son embouchure, et grâce aux deniers du gouvernement provincial, l’an prochain on aura complété un grand chemin vicinal entre Péribonca et Mistassini. On pourra alors faire le tour complet du Lac St. Jean en voiture, ce qui sera avant longtemps une promenade à la mode pour les touristes mêmes, avides ds nature vierge et de sport.
Le commerce de Québec connaît, de son côté, les avantages que lui rapporte l’établissement de chaque nouvelle paroisse du Lac Saint Jean. Au point de vue de l’industrie, l’effet à attendre n’est pas moins important. On parle déjà d’établir une féculerie dans ces nouveaux cantons. les chutes d’eau énormes de la Péribonca msont des sources d’énergie qui ne peuvent longtemps rester improductives dans cette époque de progrès électrique. Celle que représente l’une de nos gravures est évaluée à 29,000 chevaux ; elle est accessible par bateau à vapeur. Au pied de cette chute, la rivière a une largeur d’un quart de mille.
L’hon. A. Turgeon, qui s’intéresse particulièrement a cette région, a bien voulu promettre de faire faire l’an prochain les travaux de voierie que nécessitera la rapide colonisation de Honfleur. Il n’y a que des félicitations à adresser au gouvernement provincial pour le libéral encouragement qu’il donne à cette œuvre assurément patriotique.

