Une épopée migratoire : Le grand exode et le retour des Canadiens français

Au 19e siècle, une vague sans précédent submergea les rives du Saint-Laurent : l’exode massif des Canadiens français vers les États-Unis. Poussés par la quête d’une vie meilleure et les promesses de l’industrie naissante, ainsi que par la surpopulation des régions et leurs terres agricoles, des milliers de familles quittèrent leurs terres ancestrales. Ce mouvement, qui atteignit son apogée dans la seconde moitié du siècle, inquiéta profondément les élites québécoises. La peur de voir la culture française s’étioler sur le continent américain et le poids politique des Canadiens s’amenuiser dans la jeune Confédération canadienne galvanisa l’action.
Une double stratégie : coloniser et rapatrier
Face à cette hémorragie, les dirigeants politiques et religieux mirent en place une stratégie ambitieuse : coloniser les terres inexploitées du Québec et rapatrier les émigrés américains. L’idée était de créer de nouvelles communautés francophones loin des centres urbains et de renforcer ainsi les assises de la nation québécoise. Des sociétés de colonisation et de rapatriement furent fondées à cette fin, soutenues par des personnalités influentes comme le curé Labelle.
Le Lac-Saint-Jean : un eldorado en devenir
Parmi ces sociétés, celle du Lac-Saint-Jean se démarqua par son ambition et sa structure solide. Fondée en 1897, elle avait pour objectif de transformer cette région encore sauvage en un grenier à blé et en un pôle économique majeur. L’arrivée du chemin de fer à Chicoutimi en 1893 renforça les espoirs des promoteurs, qui voyaient déjà le Saguenay rivaliser avec les grandes plaines de l’Ouest.
Des obstacles sur la route du progrès
Malgré cet enthousiasme, la colonisation du Lac-Saint-Jean ne fut pas sans embûches. L’isolement de la région, les conditions climatiques difficiles et les conflits internes au sein de la société de colonisation freinèrent le développement. Les rêves d’un « New York canadien » se révélèrent rapidement illusoires.
Un héritage complexe
Les mouvements de colonisation et de rapatriement du 19e siècle ont laissé une empreinte profonde dans l’histoire du Québec. Ils témoignent de la volonté farouche des Canadiens français de préserver leur identité culturelle et de renforcer leur présence sur le continent nord-américain. Bien que les résultats n’aient pas toujours été à la hauteur des espérances, ces initiatives ont contribué à façonner le paysage social et économique du Québec.
Cette période de l’histoire du Québec est marquée par une grande quête identitaire et un désir de construire un avenir prometteur pour la nation québécoise. Les mouvements de colonisation et de rapatriement, bien qu’ambitieux, ont été confrontés à de nombreux défis et ont laissé un héritage complexe.
Stratégie de recrutement
La Société de rapatriement a mis en place une stratégie de communication agressive pour attirer des immigrants vers le Haut-Saguenay. Cette stratégie, bien que parfois trompeuse, était typique des méthodes utilisées à l’époque pour coloniser de nouvelles terres.
Des méthodes de persuasion efficaces
- La propagande positive: La Société et le gouvernement fédéral ont produit une abondante documentation vantant les mérites de la région, tout en minimisant les difficultés de la vie de colon.
- Les représentants itinérants: Des « missionnaires colonisateurs », souvent des membres du clergé, sillonnaient les régions francophones du Québec et des États-Unis pour présenter des conférences enthousiastes, accompagnées de projections de diapositives montrant un avenir idyllique.
- Le patriotisme et la religion: Les recruteurs faisaient appel au sentiment patriotique des Québécois et à la nostalgie des Franco-Américains pour les convaincre de revenir à leurs racines.
- Les visites organisées: Des visites guidées du Lac-Saint-Jean étaient organisées pour permettre aux futurs colons de se faire une idée de la région.
Cette stratégie de recrutement de la Société de rapatriement était ambitieuse et efficace. Elle a permis d’attirer des milliers de colons vers le Haut-Saguenay, mais elle a également soulevé des questions sur l’honnêteté de la propagande utilisée.
Voyez cet article interessant de 1985 sur lequel ce texte est basé :
LeBlanc, R. G. (1985). Colonisation et rapatriement au Lac-Saint-Jean
(1895-1905). Revue d’histoire de l’Amérique française, 38(3), 379–408.