Héritage Historique et Généalogique Familial

Excursion au lac Saint-Jean

Le 10 au matin, le train, ordinaire du chemin dé fer de Québec et lac Saint-Jean, avait une allure plus qu’ordinaire. Il se composait de dix voitures, remplies de voyageurs en tournée d’exploration pour fins de colonisation. Quand, sur les 7 heures du soir, le train arrivait a la station de Chambord, il y avait bien à bord plus de 400 personnes intéressées dans l’industrie agricole du pays, qui avaient été cueillies çà et là depuis la gare de Québec et dont 208 avaient été prises à Québec.

Cette foule de voyageurs se composait de représentants venus de toutes les parties da la province de Québec : de la Gaspésie, de Matane et autres paroisses du bas du fleuve, de la Beauce, des Cantons de l’Est, du comté de Québec, du comté de Portneuf, de la région des Trois- Rivières et des campagnes du district de Montréal. C’est la plus belle et la plus considérable excursion de colons qui ait encore été organisée par la Compagnie du chemin de fer de Québec et le lac Saint Jean, sous l’active et intelligente direction de M. René Dupont, avec qui nous avons eu en certaines circonstances maille à partir, mais auquel nous devons rendre cette justice que c’est un travailleur énergique.

Plusieurs membres du clergé accompagnaient l’excursion, entre autres le Rev. M. Marquis, agent de colonisation, le Rév. Désiré Vezina, le Rev. M. Garou, ancien curé de la Rivière à Pierre, le Rév. Lucien Gauvreau, de Bienville, le Rév. P. Héroux, de la Compagnie de Jésus, etc.
Quelques journalistes étaient de la partie. Bien des gens ont dû être surpris en arrivent à Roberval sur les sept heures du soir, et en se rendant à la salle publique de la paroisse sur les 8 heures pour entendre la conférence de M. l’abbé Marquis sur la colonisation et l’Ecole ménagère des Ursulines, de voir Roberval pourvu d’un aqueduc, et d’un système régulier d’éclairage électrique éclairant l’hôtel Roberval qui se suffisait autrefois À lui-même sous ce rapport, et d’apprendre que l’on se propose d’étendre le système jusqu’à Saint-Prime et Saint-Félicien.
Ils ont dû être non moins surpris de voir arriver des voitures conduites par des colons de Normandin, à 56 milles de Roberval, qui venaient chercher les visiteurs pour leur montrer leurs terres fertiles et bien cultivées et bien d’autres terres fertiles en disponibilité. Ils ont dû être bien surpris de constater que bon nombre de ces paroisses, même très éloignées, sont reliées ensemble par le téléphone, avec Roberval et le chemin de fer.

Horace Dumais et Elisée Beaudet qui, les premiers, ont pratiquement ouvert tout ce vaste domaine à la colonisation, alors que c’était la forêt, la solitude, le désert, et dans lequel les premiers colons ont dû à leur dévouement de ne pas Crever de faim et de misère, Horace Dumais et Elisée Beaudet, disons-nous, doivent se sentir à certains moments au coeur une émotion profonde en voyant non seulement des paroisses en plein épanouissement, mais outillées comme de grands centres el infiniment plus avancées de celle façon que Lévis, l’ile d’Orléans et bien d’autres vieilles localités autour de Québec. De temps à autre, ils doivent assurément se frotter les yeux et se demander si tout ce progrès accompli, par la seule force de caractère et d’expansion de la race gauloise, n’est pas un rêve.

Toute cette population du Lac Saint-Jean, au nord comme au sud, à l’est comme À l’ouest, paraît animée d’un esprit de travail et de
progrès admirable et exemplaire, au bénéfice de la zone territoriale qu’elle occupe. Il n’est pas de projet ou d’entreprise public qui n’y reçoive pas de toute la population, peu importe où elle a ses pénates.

Un appui unanime, aussi cordial qu’empressé, Ca fait bien grand plaisir à constater et nous aimerions bien voir pareil esprit régner
avec égale force dans le reste de la province de Québec, et les questions de clocher et de couleur politique reléguées au pays des vieilles lunes. La conférence agricole du Rév. M. Marquis avait attiré un auditoire nombreux, malgré l’état peu favorable des routes gâtées par la pluie. La séance était présidée par Rev. M. Paradis, curé de Roberval.

Le conférencier a débuté par faire une revue synoptique de la colonisation du domaine arrosé par le lac Saint-Jean et démontrer
les nombreux avantages de cette colonisation. Puis il à fait la description des modes de culture que l’on pratique sur la ferme modèle de l’école ménagère des Ursulines à Roberval. Enfin il a particulièrement insisté sur les avantages et bénéfices de la culture faite au point de vue de l’industrie laitière, c’est-à-dire de la grande culture non seulement dans la région du lac Saint- Jean, mais aussi dans le reste de la province de Québec: Prairies, pâturages, et production légumière pour l’alimentation du bétail.

Bref, sa conférence essentiellement pratique, et relevée par une exposition claire et bien ordonnée des faits, a hautement intéressé
l’auditoire. En terminant l’abbé Marquis a annoncé aux agriculteurs en visite que les Ursulines les invitaient cordialement à visiter la ferme modèle de leur école ménagère.
La récolte de la ferme des Ursulines a donné en 1898-1899:

  • 5,000 bottes de foin.
  • 625 minots de grain.
  • 800 minots de patates
  • 20 tonnes d’ensilage.
  • Pâturage de 16 bêtes à cornes.
  • Pâturage da 3 chevaux.
  • Pâturage de 12 porcs.
  • 12 vaches dont 4 de 2 et 3 ans
  • Ont donné 67,595 lbs de lait et 3031 lbs de beurre.

La production actuelle du lait est comme suit:

12 vaches dont une de 2 ans,
2 de 3 ans,
1 de 4 ans,
2 de 13 ans et une n’ayant pas eu de veau.

Pour le mois de juin la production du lait à été de 8,934 lbs. ce qui donne une moyenne de 745 lbs, de lait par mois, ou prés de 25 lbs par jour.

Sur les 8 heures, mercredi matin, et par un temps magnifique, le vapeur “ Le Colon ” laissait le quai de Roberval, avec soixante-quinze excursionnistes pour aller visiter la région de la Péribonka. A 11 h. 30, le bateau entrait dans la Grande Péribonka, et peu après les excursionnistes saluaient sur la rive droite un calvaire ou oratoire tout nouvellement érigé par madame Roy, de Roberval.

D’avance, aux yeux de tous, un pavillon français en indiquait le site. À environ 2 milles de l’embouchure de la grande Péribonka, se trouve la Petite Péribonka. Ici et là on aperçoit sur les deux rives une habitation isolée de colon. À première vue on se demande comment les gens ont pu se décider à aller planter leur tente dans cette solitude.

Mais à mesure que le bateau avance, on commence à s’expliquer leur aventure, leur présence. Nous sommes dans le canton de Dalmas l’un des plus beaux, avec ceux de Normandin et d’Alban de la région explorée du lac Saint-Jean.

La Péribonka va se développant, s’élargissant. De temps à autre, un flot surgit à lu surface de sa nappe d’eau paisible. Ca et là il y a des défrichements importants ; puis enfin le bateau arrive à ras terre, au premier établissement de la rivière sur la rive gauche. Une grande hutte de billots équarris, domine l’escarpement de a rive avec quelques autres maisons. Sur la devanture de l’habitation il y a foule d’hommes, de femmes et de fillettes en toilette de première communion, car c’est le jour ds la confirmation dans la localité.

Les visiteurs mettent pied à terre, et l’un des premiers colons que l’on nous présente est un M. Louis Dionne, natif de l’ile Verte, venant de l’État du Maine où il était magnifiquement domicilié, et installé depuis plus d’un an sur les bords de la Péribonka, avec sa famille, non par nécessité, mais par préférence pour le pays, à cause de ses ressources naturelles et de la fertilité de son sol. M. Dionne récoltait l’an dernier deux mille minots de blé, des légumes magnifiques, et ouvrait un nouvel établissement sur une île, en face de la chapelle de Péribonka.
M. Dionne nous a déclaré que, quoi qu’il possède des propriétés et une superbe résidence à Acadia, dans le Maine, il ne voudrait pour aucune considération abandonner son domaine de la Péribonka, qu’il regarde comme la plus précieuse partie de son avoir.
Nous rencontrons aussi un autre colon, M. Phydime Bernier, natif de l’Islet. Il habitait autrefois Détroit ; mais il est installé depuis trois ans à Péribonka. La première année de son séjour, il récoltait neuf cents choux dont une foule pesaient de 13 à 15 livres, des navets de 15 a 19 livres et du sarrasin qui mesurait sept pieds de hauteur.

Nous faisons la connaissance de M. Nicquet, l’un des membres importants de la colonie naissante, ainsi que de madame Nicquet et de sa famille, M. Nicquet à simplement trois chaloupes à vapeur naviguant sur la Péribonka et le lac Saint-Jean. L’une d’elles transportait mercredi dernier Mgr Labrecque de Chicoutimi, qui était en tournée de confirmation et qui, au passage, a solennellement béni dans l’après midi l’oratoire érigé par madame Roy à l’embouchure de la rivière.

M. Nicquet nous fait l’honneur de nous accompagner dans nos pérégrinations, et en passant nous fait remarquer un champ d’avoine semée le 2 juin dernier dans une terre de premier labour. Cette avoine mesurerait bien dix pouces de hauteur. On a déjà semé de l’avoine, le 2 juillet, à Péribonka ; c’est l’expérience de M. Dionne er de M. Bernier ; cette avoine est parfaitement venue à maturité, ce qui indique un climat un climat assez doux et un automne qui se prolonge.

Le fait est que les premières gelées sur la Péribonka ne se font sentir qu’au commencement de novembre. Le climat de toute la zone nord de la Grande Péribonka est celui de Montréal, c’est-à-dire qu’il y a une quinzaine de jours plus tard à l’automne et plus à bonne heure au printemps sur la région de Quebec.

L’un des plus grands propriétaires fonciers de la région est notre excellent ami, le Lt-Col, B.A.Scott. Il aura bientôt quatre cents arpents en culture. Le Lieutenant-colonel a en outre chantiers, des scieries. On peut se figurer ce que l’administration de tout cela demande d’activité, de tact et de jugement. Malgré cela M. Scott trouvait, il y à quelques mois le temps d’organiser le 18e bataillon dans le pays qu’il habite et en devenait le Lieut.-colonel et commandant, et, qu’il soit cultivateur, industriel ou militaire, il ne manque jamais l’occasion d’être charmant homme de toutes façons.

La Péribonka est une majestueuse rivière de 420 milles de longueur, naviguable sur au moins 50 milles, à partir de son embauchure, et qui ici et là vous donne l’illusion parfaite du Saguenay. La Grande et la Petite Péribonka arrose une vallée unie comme une table de billard, d’une étendue de 120 à 140 milles.
Le terrain devient de plus en plus riche à mesure que l’en s’enfonce dans la forêt du côté du nord. Nous avons rarement vu plus beau et plus riche domaine et la région vraiment intéressante du lac Saint-Jean, nous paraît décidément commencer de la rive septentrionale du lac, ceci soit dit sans diminuer la valeur du sol et des établissements de la rive sud et est. Mais l’autre région est tellement vaste, tellement bien arrosée, si bien pourvue en rivières naviguables et en pouvoirs d’eau, offre tant da ressources an colon que nous ne pouvons nous empêcher de la signaler particulièrement à l’attention publique. C’est tout simplement un futur grenier d’abondance avec Québec comme débouché naturel.

On ne peut vraiment se faire une idée de la puissance de production de tout ce pays-là, excepté en y allant de ses propres yeux voir. Dans le moment, il y à tout un syndicat, local s’il vous plait, formé pour l’établissement d’une grande pulperie sur la Petite Péribonka.

En retrouvant la région du Lac-St-Jean, nous avons eu comme une vision de ce que sera cette partie de la province de Québec dans un demi-siècle, du train que les choses marchent, et surtout avec le magnifique esprit d’entente et d’émulation qui anime toute cette population ; il nous a semblé y avoir cà et la de jolies paroisses, de grands établissements industriels et au milieu de tout cet admirable progrès deux grands centres, Roberval et Chicoutimi, occupant vis-à vis l’un de l’autre une position analogue à celle de Québec et Montréal, de Boston et New-York.

L’hotel Roberval s’agrandit toujours; on y voit plusieurs constructions nouvelles et des résidences privées qui ont un grand cachet d’élégance. Un québécois bien connu, M. Légaré, ancien gérant de l’hôtel Clarendon à Québec, vient d’acquérir et d’ouvrir l’hôtel Du Tremblay. Avec son expérience et son activité il n’y a pas de doute que Roberval sera avant peu doté d’un deuxième hôtel de première classe.
L’hôtel Roberval n’a pas peu contribué au progrès de la localité. En ce moment il y a peu de touristes, par suite de la persistance du mauvais temps; et a part cela, l’ affluence des touristes se fait généralement sentir fin de juillet et tout le mois d’aout.
Le service y es toujours le même, soigné et courtois.
Le soir, il y a invariablement musique, violon piano et autres instruments, sous la direction du professeur Reichling, artiste bien connu qui, entre une valse et un mazourke, exécute de façon remarquable des oeuvres du vieux temps, de Paganini, de Sarasote, de Wilhemly, etc.

Pour revenir à l’excursion, nous avons à dire que nous avons laissé les colons en visite dans le Lac St-Jean, les uns à Chambord, quelques-uns à Normandin et les autres dans le district de la Péribonka. ils doivent revenir soit aujourd’hui samedi, soit au commencement de la semaine prochaine. Il est à espérer que bon nombre parmi eux sont aujourd’hui possesseurs de terres qui n’attendent que leurs bras actifs et vigoureux pour rendre vingt-cing minots de céréales pour un.

N. LeVasseur.

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