La Défense 18 mai 1899
Transcription d’article écrit par René Dupont
Chemin de fer de Québec et du lac St-Jean
LA SOCIÉTÉ DE RAPATRIEMENT ET DE COLONISATION DU LAC ST-JEAN
Québec, 12 avril 1899,
J.-G. ScoTT, Ecr., Secrétaire et Gérant, Chemin de fer de Québec et du Lac St-Jean, Québec.
Cher monsieur, J’ai-le plaisir de vous transmettre le rapport de l’ouvrage fait par mon département relativement à l’œuvre de la colonisation, en autant que votre chemin de fer y est concerné.

Comme les années précédentes, j’ai donné plusieurs conférences dans les diverses parties des États Unis et du canada. Ces conférences étaient illustrées par des vues de la région du Lac St-Jean au moyen de la lumière calcium. Jai donné 27 de ces conférences, et environ 20,000 personnes y ont assistés, donnant une moyenne d’une assistance d’environ 740 personnes pour chaque conférence. Naturellement, l’admission à ces conférences était gratuite dans chaque cas.
Ces conférences semblent être très populaires, et dans toutes les villes et les paroisses que ai eu l’occasion de visiter, j’ai remarqué que l’on portait un grand intérêt à la région du Lac-St-Jean, qui paraissait partout être de beaucoup plus en faveur chez les futurs colons qu’aucune autre partie du pays. J’ai organisé six excursions pour visiter le pays. Tous les futurs colons et les cultivateurs qui ont pris part à ces excursions étaient porteurs de certificats des membres du clergé de leurs paroisses respectives comme preuve de leur bonne foi, et ils ont été transportés au Lac St-Jean et retour (380 milles) à un prix nominal, afin de donner aux classes agricoles l’opportunité de visiter le pays. Ce nombre de passagers n’inclus pas les passagers transportés sur des « laissez-passer gratuits », car plusieurs de ces derniers ont été transportés sur ces trains d’excursions. J’ai moi-même conduit ces excursions et je suis convaincu que la région du Lac St-Jean en a largement bénéficié.
Depuis le 1er janvier au 31 décembre 1898, 201 délégués sont allés visiter la région du Lac St-Jean, avec des « laissez-passés gratuits. » Ces délégués représentaient : 90 paroisses et villes du Canada et des États-Unis, 36 comtés du Canada. 4 états des États Unis. 2 provinces du Canada. 182 délégués venaient de la province de Québec. 16 délégués venaient des États Unis. 3 délégués venaient de la province d’Ontario. Total: 201 délégués. Ces délégués nous étaient envoyés par le clergé de leurs paroisses respectives pour examiner le district et faire un rapport sur les avantages qu’il offre: et deux délégués de chaque paroisse peuvent ainsi visiter la region chaque année.
Du 1er janvier au 31 déc. 1898 nous avons enregistré: 710 colons nouveaux venant du Canada; 612, des États-Unis Formant un total de 1322 colons nouveaux pour l’année 1898, et une augmentation de 104 sur l’année précédente.
Ces chiffres sont très concluant: au point de vue de la popularité et des attraits qui caractérisent ce Pays vers lequel nous dirigeons les colons nouveaux. À notre demande le gouvernement local a publié un nouveau guide de colons donnant de précieux renseignements sur la vallée du Lac St-Jean. Cette jolie brochure a été largement distribuée par mon département, et attire beaucoup l’attention du public vers la région. J’ai actuellement en mains plusieurs lettres de divers groupes de six, sept, huit et meme dix familles, qui me demandent de les rencontrer afin de leur donner les informations necessaires, Malheureusement, mon département n’a pas à sa disposition, meme les fonds nécessaires pour faire face a ses besoins les plus pressants, et nous sommes en conséquence forcés de nous résigner à négliger, faute de fonds, ce travail pourtant précieux. Le subside fédéral, au
montant de $8000, qui nous est versé annuellement pour des fins de rapatriement et de colonisation, est entièrement insuffisant quoi que cependant bien effectif.
Durant la saison de navigation, nous avons des bateaux à vapeur très confortables qui font le service tout autour du lac, des divers points les plus propices pour l’établissement des colons. Ces bateaux ont Roberval pour point de départ et remontent les rivières navigables qui se jettent dans le lac. Avec ces facilités, les établissements nouveaux de Normandin, Albanel, Mistassini, Péribonca, Honfleur, et La Rivière à la Pipe sont rendus très accessibles.
Les colons nouveaux nous arrivent par groupes tellement nombreux que nous n’avons pas l’accommodation nécessaire pour les abriter à leur arrivée, et nous sommes en conséquence forcés à en refuser plusieurs à la fois. Cette question est très importante. Un tel état de choses nuit à l’avancement de notre oeuvre, et le succès futur de nos efforts en dépend entièrement. Espérons donc que les gouvernements en arriveront bientôt à nous aider plus efficacement en augmentant le subside annuel, ce qui nous permettra de continuer notre travail sur une plus grande échelle. Espérons aussi, qu’avant longtemps nous aurons une bâtisse pour recevoir nos colons au débarcadère, à Péribonca, qui est le centre de toute
la région et le point de départ pour l’intérieur.
Parmı les nouveaux colons qui nous sont arrivés l’année dernière, nous comptons 66 Acadiens, venant de ‘Ile du Cap Breton. Ces gens sont tellement satisfaits de leur nouveau pays qu’un grand nombre de leurs amis sont à se préparer pour les suivre dans la région du Lac St-Jean, au lieu d’émigrer aux Etats-Unis, comme ils l’auraient fait autrement.
Il y a eu tellement d’ouvrage au Lac St-Jean l’année dernière qu’il a été impossible d’avoir assez d’hommes pour les chantiers durant l’hiver.
Permettez-moi d’attirer votre attention sur l’augmentation sensible dans le nombre de colons nouveaux venant des Etats-Unis,
ce qui prouve à mon point de vue que le mouvement de rapatriement est tellement accentué que, considérant les bénéfices immenses qu’en retirent les deux gouvernements tant local que fédéral, ces deux gouvernements, dis-je, devraient trouver le moyen de nous aider plus effectivement afin que nous puissions continuer notre oeuvre entreprise sous d’aussi favorables chances de succès.
Il y a deux ans, nous avons été forcés de renvoyer à Détroit, Mich., un certain nombre de personnes qui ne seraient jamais devenues des colons sérieux. Je suis heureux de vous faire constater que nous n’avons pas eu les meme difficultés l’an dernier, ayant été plus prudents dans le choix nos colons et d’ailleurs nous avons eu affaire a une meilleure classe de gens et a plus grande preuve en est dans le fait que 118 colons de Détroit ont été enregistré tel que le montre le rapport.
Je dois ajouter que notre oeuvre de colonisation a pris de telles proportions durant la dernière année, que toute une étendue de terrain le long de la Riviere Péribonka, a été réservé par un certain nombre de futurs rapatriés venant du nord du Maine dans le but de s’établir. Permettez moi de vous faire remarquer en passant que tous ces gens sont des cultivateurs. L’établissement nouveau a été baptisé sous le nom de Honfleur, et le site en a été choisi après inspection par une délégation envoyée a cet effet durant le mois d’aout dernier. Ce mouvement est dirigé par le curé de North Lyndon, Louis Dionne, maire de Acadia et le docteur Laflèche, de Caribou, Maine. M. Dionne a quitté Acadia la semaine dernière pour Honfleur, avec cinq membres de deux autres familles, afin de préparer les camps, etc., pour l’arrivée des autres colons qui seron dirigés par le Rév. C. F. Marsan et le Dr Laflèche.
Les endroits préférés vers lesquels se dirigent les nouveaux colons sont : Péribonca, Honfleur, Normandin, Mistassini, Albanel, Rivière à la Pipe, Mistook, St-Bruno, Lac Bouchette et Lac des Commissaires.
La société de colonisation de St-Sauveur de Québec, a ouvert à ce dernier endroit un établissement très prospère.
J’annexe ci-contre une liste des délégués venus des différentes parroisses pour visiter le Lac St-Jean durant l’année dernière, ainsi que deux rapports indiquant les différents centres qui nous ont fourni les 1322 colons venant du Canada et des États Unis, qui ont été transportés gratuitement par votre chemin de fer.
Je demeure, Monsieur Votre très dévoué, RENÉ DUPONT,
Agent de Colonisation.
