lES PIONNIERS S’EN VONT
Hommage à Louis Léon Dionne
Vendredi matin, le 18 courant, s’éteignait à l’Hôtel-Dieu St Michel à Roberval, M. Louis-Léon Dionne, à l’âge de 78 ans.
Né à l’ile Verte, d’un père cultivateur, il partit très jeune pour les États-Unis, attiré comme tant d’autres vers un avenir que la culture
ne semblait pas devoir promettre dans la province de Québec.
Dans l’État du Maine, où il demeura pendant plusieurs années, il fut à la fois cultivateur, industriel, commerçant et entrepreneur de chantiers. Tout en menant avec succès ces diverses entreprises, il n’en gardait pas moins au fond de son cœur la nostalgie du sol natal.
En 1898, il entendit vanter par les agents de colonisation les avantages exceptionnels qu’offrait la partie nord du Lac St-Jean au point de vue agricole. Père de plusieurs garçons, il voulait ramener à sa vieille province les fils de sa race afin de les fixer à la terre, s’ils s’en sentaient les aptitudes. il résolut donc de venir s’établir comme colon à St-Edouard de Péribonka, qui venait de s’ouvrir à la colonisation.
Il approchait alors la cinquantaine. Il fallait une dose de courage peu ordinaire, et un amour du sol profondément enraciné pour abandonner des entreprises florissantes et se soumettre volontairement aux privations et aux sacrifices qu’exige la rude vie du colon. Ceux-là seuls qui ont goûté à cette vie peuvent apprécier le courage d’une pareille décision.
En quelques années, il se tailla sur les bords de la rivière Grande Péribonka un superbe domaine agricole d’où il pouvait embrasser les vastes horizons que déploie le Lac St-Jean, qui l’avait attiré, et dont il avait entendu vanter les beautés par les agents de l’immigration.
Doué d’un remarquable sens pratique, il sut vite adopter les méthodes de défrichement et de culture qui convenaient à la localité. Le souci de l’ordre, de la propreté et de l’utilité présidait à toutes ses activité.


Citoyen intègre, affable, hospitalier, il fut le soutien de plusieurs des premiers colons de la localité où il s’était établi. Son example, ses conseils et ses encouragements, l’aide matériel qu’il ne refusa jamais, furent un puissant stimulant pour tous ceux qui l’entouraient. Il fut ainsi l’un des principaux facteurs qui ont assuré le développement de cette riche partie de notre comté.
De droit, il prend rang parmi cette admirable lignée de défricheurs qui depuis 75 ans se sont succédés pour donner à l’agriculture le bassin si fertile du Lac St-Jean jusque-là enseveli sous une épaisse forêt. C’est particulièrement à ce titre que nous lui devons un hommage respectueux, hommage qui le suivra dans la tombe où il est allé rejoindre ses devanciers, ses ancêtres et les nôtres, vaillants pionniers dont le labeur fructueux nous a conquis une situation enviable, et un patrimoine d’une inestimable valeur.
Le regretté défunt laisse pour pleurer sa perte 5 fils: Edouard, Joseph, Ferdinand, Francis et Ulysse, ainsi que trois filles : Marie, en religion Soeur St-Camille de Leslie du bon Pasteur, Tharzille, et Alma épouse de M. Ths-Ls Bergeron, avocat, et Maire de la ville de Roberval.
Les funérailles ont eu lieu à Roberval lundi dernier. Étaient nombreux les parents et amis qui ont tenu à rendre un dernier témoignage d’estime au regretté pionnier. L’église pour la circonstance, était revêtue de ses plus riches ornements de deuil. Le service fut chanté par Rév. M. l’Abbé Claveau, de Roberval, assisté de Rév. M. Ths. Tremblay, Principal, de Roberval, et de M. Fortin, ecclésiastique.
Les porteurs étaient MM. Ferdinand et Ulysse Dionne, 2 fils du défunt ; Osias Gagnon, Wilfrid Léveillé, Chs. Bilodeau, trois Conseillers de la Ville de Roberval. La croix était portée par M. Théop. leclerc, aussi Conseiller de la Ville de Roberval
De nombreux témoignages de sympathies ont été offerts à la famille. Nous prions celle-ci d’accepter nos sincères condoléances.

